Graduation Year

2026

Document Type

Thesis

Degree

M.A.

Degree Name

Master of Arts (M.A.)

Degree Granting Department

World Languages

Major Professor

Martine Wagner, Ph.D.

Committee Member

Anne Latowsky, Ph.D.

Committee Member

Heike Scharm, Ph.D.

Keywords

anorexia, bulimia, cannibalism, femininity, patriarchal values, psychoanalysis

Abstract

Ce mémoire propose une relecture de plusieurs contes de Charles Perrault à partir des troubles et comportements alimentaires – anorexie, vomissement, cannibalisme – envisagés comme dispositifs narratifs genrés. Ces motifs constituent un système symbolique par lequel Perrault met en scène les tensions de genre propres à un ordre patriarcal de la fin du dix-septième siècle, sans jamais les résoudre de façon univoque.

L’étude montre d’abord que Perrault attribue à des princes adolescents une pathologie historiquement féminisée : l’anorexie. L’inappétence amoureuse des héros de Peau d’Âne, Cendrillon et La Belle au bois dormant est interprétée, à la lumière de la psychanalyse, comme un « choix anorexique » face à l’angoisse du premier rapport sexuel, à la peur de l’« Autre » féminin et à la difficulté de rompre un lien fusionnel avec la mère. En féminisant symptomatiquement ses princes – fragiles, dépendants, infantilisés – Perrault ébranle l’idéal d’une virilité contrôlée, mais cette vulnérabilité masculine est finalement atténuée par des dénouements matrimoniaux qui réaffirment la hiérarchie patriarcale.

À l’inverse, le motif du vomissement dans Les Fées, lu à partir de l’abjection, du corps grotesque et des discours de discipline des corps féminins, abjectifie l’oralité des héroïnes : leur bouche, qui « crache » perles ou animaux répugnants, devient à la fois source d’enrichissement et lieu de souillure, tandis qu’elles se voient privées de parole. Le don de la « bonne » fille lui confère une agentivité économique et une possible ascension sociale, aussitôt remise en question par un mariage d’intérêt où le prince valorise d’abord la rentabilité de ce corps producteur de gemmes.

Enfin, l’analyse du cannibalisme dans Le Petit Chaperon rouge et La Belle au bois dormant met en évidence la construction de figures féminines dévorantes – mère, grand‑mère, ogresse – concentrant la hantise d’un féminin fusionnel, incestueux et politiquement dangereux, systématiquement éliminé pour restaurer l’ordre patriarcal, tandis que les figures masculines, pourtant passives et défaillantes, ne sont jamais véritablement disqualifiées.

Perrault apparaît ainsi comme un auteur profondément ambivalent : en déplaçant vers des corps masculins des pathologies « féminines » et en dotant certaines femmes d’une puissance économique, maternelle ou politique, il semble fissurer l’imaginaire patriarcal, tout en re‑féminisant et en éliminant les « excès » d’appétit, de désir ou de pouvoir qui menacent sa stabilité.

Share

COinS